
Friday, 19 December 2008
À propos du Plan Nord
Au Québec, nous nous targuons parfois d’entretenir de meilleures relations avec les nations autochtones que les autres provinces du Canada, ou que d’autres pays tels que l’Australie ou les États-Unis. Ce n’est pas sans raisons, puisqu’effectivement, des ententes telles que la CBJNQ (Convention de la Baie-James et du Nord québécois, qui n’a été vraiment respectée seulement qu’après la Paix des Braves de 2001), ou les ententes de principe conclues avec quatre communautés innus peuvent être qualifiées de progressistes en comparaison avec ce qui peut se faire ailleurs. Le premier ministre Jean Charest entend-il continuer sur cette voie avec le Plan Nord?
Comme je l’avais déjà souligné au mois d’octobre, on peut fortement en douter. Déjà, le Plan Nord a été présenté dans la campagne électorale comme une promesse faisant partie du programme libéral, malgré qu’aucune entente concernant le Plan Nord comme tel n’ait été conclue avec les représentants des Premières Nations. L’APNQL envisage une déclaration unilatérale de souveraineté sur ces territoires afin de forcer le gouvernement à négocier. Évidemment, publiciser le Plan Nord avant de négocier avec les Premières Nations semble mettre une pression indue sur le processus. Ça me rappelle les agents du gouvernement fédéral qui mettaient sous pression les « chefs » (souvent nommés sur place par l’agent lui-même qui ne voulait pas perdre son temps à chercher le véritable chef) qu’ils rencontraient sur le chemin des traités numérotés en leur affirmant que peu importe qu’ils signent ou non, des colons envahiraient leur territoire de toute façon. D’ailleurs, en parlant de chefs nommés par les agents fédéraux, Charest se défend également d’être en mauvais termes avec les Premières Nations en invoquant deux maires de communautés qui supportent son projet. Alors qui représente les Premières Nations au Québec, particulièrement celles du Nord? Des maires de communautés, ou l’APNQL? Si l’on veut négocier de nation à nation, ne doit-on pas respecter les instances représentatives que se donne l’autre partie? On pourrait presque avoir l’impression que Charest veut passer son plan, et que ceux qui sont sur son chemin n’ont qu’à coopérer, dans un esprit de fraternité et une perspective de développement durable, et d’amitié entre les peuples et bla, bla, bla, et etc.
On pourrait presque avoir cette impression… Or, surprise! Qui est nommé ministre responsable des Affaires autochtones? Pierre Corbeil, ancien ministre des Ressources naturelles, qui, après sa défaite électorale de mars 2007, a travaillé comme conseiller stratégique pour la compagnie minière Canadian Royalties, entreprise qui « mène le plus important projet minier des dernières années au Québec, d'une valeur d'un demi-milliard, soit une mine de nickel à Raglan-Sud, dans le Nunavik »[1]. Je propose également un ancien PDG de compagnie pétrolière au ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs, ou le maire d’Hérouxville à l’Immigration et aux Communautés culturelles. Le choix de Jean Charest est un affront tellement il est absurde. Remarquez, nous avons déjà eu un spécialiste de l’évasion fiscale comme ministre des Finances au fédéral.
J’ai honte.
[1] Robert DUTRISAC et Alexander SHIELDS, « Corbeil revient au Cabinet », Le Devoir, 19 décembre 2008.
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