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Monday, 6 October 2008

L'ouverture du Nord

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Cela est bien connu, il est extrêmement difficile d’aborder les revendications territoriales autochtones en termes de possession exclusive et continue d’un territoire, surtout lorsque celui-ci est conçu à la manière occidentale, c’est-à-dire comme un espace circonscrit entre des limites fixes. Cela est difficile tout d’abord parce que traditionnellement, les itinéraires employés par les différentes Premières Nations se croisaient, se chevauchaient, et n’étaient pas nécessairement considérés comme une propriété exclusive. Au Sud du Québec, la difficulté de négocier sur des revendications territoriales est amplifiée par la présence des allochtones, qui ont colonisé, modifié, habité le territoire. Les Québécois détestent qu’on leur rappelle que l’occupation et la gestion de grandes parties du territoire du Québec soit légalement discutable. Habituellement, les plus farouches opposants aux négociations territoriales avec les autochtones sont les habitants locaux. Par exemple, dans le cas des négociations avec les Innus, les protestations viennent généralement des habitants de la Côte-Nord, et non des Montréalais ou des Québécois (entendre ici les habitants de la ville).
Or, ce phénomène a marqué toute l’histoire de la colonisation. Cela explique pourquoi les Premières Nations préféraient souvent traiter avec la Couronne qu’avec les colons. Aux États-Unis, ce furent les colons qui souhaitèrent l’expansion vers l’Ouest, et la délimitation d’un vaste territoire comme territoire indien par la Couronne britannique fut une des raisons qui poussèrent les États-uniens vers l’indépendance.
Au Québec, là où les allochtones sont installés en grand nombre, il est difficile de négocier sur le territoire et ses ressources. Au Nord, c’est autre chose. La présence est allochtone y est relativement faible, et il est alors plus aisé pour les Cris, les Innus, les Naskapis ou les Inuit, de négocier certains droits sur le territoire défini à l’occidentale, bien que la tâche ne soit pas facile pour autant. Dans cette optique, que penser du plan Nord de Jean Charest, plan qui d’ailleurs se meut encore dans un flou artistique quant aux négociations avec les Premières Nations? Est-ce simplement un plan de développement économique? Si oui, cela revient à un plan de colonisation, puisque le développement économique n’est aucunement culturellement neutre, et amène avec lui des formes particulières d’exploitation du territoire, et des modes de vie y correspondant. Il est toutefois permis de penser que de nombreux autochtones verront d’un bon œil les perspectives de développement économique, préférant un emploi (et toute la dignité que cela apporte dans une société où la majorité valorise fortement le travail), et un certain confort matériel, à un mode de vie plus proche de la tradition. Mais à qui profiteront les retombées économiques de ce fameux et intriguant plan Nord ?
Il y a au moins une bonne nouvelle, ce plan inclut la redéfinition du droit minier au Québec, qui date de Mathusalem et favorise la prospection aux dépens de la protection du territoire et de ses habitants. Mais en attendant les résultats du plan, il est permis de douter des bonnes intentions du gouvernement Charest à l’endroit des Premières Nations, le mot d’ordre étant d’abord et avant tout le développement économique :


«L'idée de base, c'est de mieux orchestrer le développement du Nord, mais c'est également de tirer profit d'une région qui a beaucoup à offrir, a expliqué un membre du gouvernement. Le premier ministre veut concentrer des efforts accrus dans cette région-là, surtout à la lumière du marché des ressources naturelles.»

 

Gilbet LAVOIE, « Charest prépare un grand coup pour le Nord », Le Soleil, 6 août 2008.

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