
Questions de recherche
Une des questions les moins documentées en regard des études relatives aux peuples autochtones est sans contredit celle des femmes. Pourtant elles participent activement aux initiatives de reconstruction sociale qui caractérisent la quête autonomiste des Premières nations. Pourtant, par leurs luttes, leurs revendications et leurs actions les organisations de femmes ont contribué, elles aussi, à transformer le paysage politique et les relations entre l’État et les peuples autochtones au cours des dernières décennies. Plus encore, elles ont démontré depuis une dizaine d’années leur grande capacité de mobilisation en tissant des liens non seulement à l’échelle du pays mais aussi à l’échelle internationale. Les regroupements de femmes autochtones du Québec et du Canada, sont notamment reconnus à travers les Amériques pour leur implication dans les dossiers du développement des ressources naturelles, des droits et des conditions sociales.
Notre projet vise donc, dans un premier temps, une contribution aux questionnements actuels en matière de gouvernance à partir des expériences, des actions, des prises de position et des savoirs des femmes. Dans un deuxième temps, il vise à fournir un éclairage de l’intérieur sur ces questions en travaillant à la fois avec les communautés et les instances officielles à l’échelle régionale, provinciale et nationale. Un volet comparatif sera développé à partir de deux études de cas: L’Association des femmes autochtones du Québec et l’Association des femmes autochtones du Canada. Les questions suivantes sous-tendent nos travaux:
Liens avec le chantier 3
Les actions et les revendications des femmes autochtones trouvent un ancrage certain dans des corpus de savoirs, d’apprentissages et d’expériences pour la plupart méconnus. Leur caractérisation me permettra à la fois de les faire connaître et reconnaître, de les mettre en perspective par rapport aux autres corpus de savoirs qui fondent le projet de gouvernance autochtone et d’évaluer leur possible contribution à une gouvernance renouvelée. Ma participation au chantier 3, me permettra ainsi d’ancrer ma réflexion et mes analyses dans une problématique qui incite autant à la reconstitution des paradigmes existants qu’à leur possible renouvellement. La perspective historique adoptée par le chantier 3 est d’une grande pertinence pour mon questionnement nourri d’emblée par une approche anthropologique de la gouvernance (en particulier) et de la recherche (en général) et par une démarche de type ethnographique. La perspective comparative quant à elle, favorisera la prise en compte de la pluralité de ces paradigmes et de leurs convergences/divergences: pluralité entre acteurs de cultures et d’héritages différents mais aussi pluralité entre acteurs autochtones de différentes origines et appartenances. Finalement, les questions se poseront aussi sous un angle épistémologique puisque des cultures différentes sont interpellées plus spécifiquement dans ce chantier: cultures ethniques, cultures académiques, cultures politiques et cultures de la connaissance.
Liens avec l’initiative des grands travaux
Au Québec, la question de la gouvernance des femmes autochtones n’a pas encore été clairement documentée; en fait, au sein de l’académie, cette question a été minorisée voire évacuée. L’initiative des grands travaux sera un tremplin idéal pour contribuer à transformer cette situation. Il s’agit là en effet d’une des principales avenues à emprunter dans l’optique de renouveler les termes de la rencontre entre Québécois et Autochtones et entre Canadiens et Autochtones. Il s’agit là également d’une avenue privilégiée pour mieux comprendre les rapports entre Premières nations. Une des plus pertinentes questions que cette initiative de recherche pancanadienne permettra de formuler est celle de l’unicité/hétérogénéité de la gouvernance autochtone.
Échanges
Il ne fait aucun doute qu’une telle initiative de recherche repose d’abord sur les relations que les chercheurs et les partenaires sont appelés à construire et, au fil du temps, à consolider. Des liens existent déjà entre certains chercheurs du Québec mais moins qu’on pourrait s’y attendre, notamment lorsque ces chercheurs sont issus de traditions disciplinaires différentes. Ainsi, dans un premier temps, l’objectif sera-t-il de consolider les collaborations récentes, à la fois par la diffusion des travaux mais aussi et surtout par des collaborations autour d’une même question, d’une même approche, voire d’une même activité (colloque, publication commune, etc.). Dans un deuxième temps, la perspective de pouvoir échanger avec des collègues des autres provinces est en soi porteuse de bien des possibilités que j’investirai sans aucun doute. À l’inverse, il faut espérer que nos collègues des autres provinces renouvelleront leurs intérêts de recherche à l’égard des productions et des questionnements académiques qui émanent du Québec. L’initiative des grands travaux sera en mesure de contribuer ici aussi à transformer les manières de faire en milieu académique.
Résultats
Les résultats escomptés sont de trois ordres à mes yeux. D’abord, ils réfèrent à mes propres travaux et à la mise au jour de nouveaux corpus de connaissances théoriques et ethnographiques qui me permettront de renouveler les questionnements sur la gouvernance à partir de l’expérience et des savoirs des femmes. De manière concrète, je compte me pencher plus directement sur la situation des femmes innues, des femmes cries, des femmes inuit et des femmes autochtones des villes en réalisant pour chacun de ces groupes une étude de cas élargie. Dans la même optique, sur un plan institutionnel, l’Association des Femmes autochtones du Québec et l’Association des femmes autochtones du Canada feront aussi l’objet d’une étude de cas élargie. Par la suite, ils réfèrent aux apports disciplinaires susceptibles de bonifier mes questionnements. Ces résultats seront issus des collaborations et des échanges avec les collègues et les partenaires. Enfin, sur un troisième plan, je parle des résultats découlant d’un projet collectif de connaissance: au terme de nos efforts de recherche multiples, faudra-t-il parler DES gouvernances autochtones? Voilà sans doute un des pistes à explorer pendant la durée de nos collaborations. Faudra-t-il parler aussi DES approches intellectuelles susceptibles de contribuer, à leur manière, à dynamiser le paysage de la recherche universitaire en matière d’études relatives aux peuples autochtones?