
Les formes modernes du regroupement associatif sont étroitement liées à l’émergence des démocraties libérales. Elles combinent des conceptions communautaire (solidarité), politique (libre association) et contractualiste (sociétaires) des rapports sociaux. À ce titre, elles constituent une dimension de l’espace public au sein de la société civile (Eme, 2001. Laville, 1997) où coexistent et interagissent diverses rationalités. Au cours des dernières décennies, le tiers secteur a connu une croissance numérique importante. Au Québec, on compte actuellement plus de 50000 associations sans but lucratif actives (Québec, 2004). Ce mouvement associatif touche aussi les nations autochtones, aussi bien, à l’échelon local, au sein des communautés territoriales et en territoire urbain, qu’aux échelons provinciaux et canadien.
Au sein du chantier sur les conditions sociales, économiques et culturelles du pouvoir autochtone, une perspective de recherche peut concerner l’étude du milieu associatif autochtone. Plus spécifiquement, elle portera sur la structuration des associations au sein des communautés algonquines de l’Abitibi-Témiscamingue (Leroux, 2004) et dans les villes de services de cette région où cohabitent autochtones et non-autochtones. De quelle façon ces associations contribuent-elles à l’établissement de nouveaux rapports de gouvernance à l’échelon local et régional, au sein des communautés autochtones et entre celles-ci et les institutions sociales non autochtones ? Il s’agira d’abord d’établir la configuration locale des associations (Oberti, 2000), ainsi que de leurs rapports avec les institutions porteuses de solidarités privées et publiques (structures intermédiaires). Ensuite d’examiner les processus de collaboration qui contribuent à construire la gouvernance: dans divers domaines, notamment ceux du bien-être (santé, services sociaux) et de l’intégration sociale (emploi, activités communautaires). Cette gouvernance passe aussi par les liens établis entre le secteur associatif et les institutions politico-administratives publiques (municipalité, ministères, CRÉ, etc). Cette étude permettra d’investiguer les nouvelles formes d’implication du tiers secteur et sa contribution à l’élaboration d’une gouvernance locale et régionale. Dans la même veine, une étude portera sur la structuration interne des associations, soit d’une part les adhérentsaux associations (parcours biographique, caractéristiques) et leurs types de participation et d’engagement et d’autre part, l’encadrement organisationnel qui structurent ces formes d’action sociale (Havard-Duclos &Nicourd, 2004).
Références
Eme, B. (2001). Les associations ou le tourment de l’ambivalence. Dans (Dir.) Association,
démocratie et société civile. Paris: La Découverte/M.A.U.S.S./C.R.I.D.A., pp. 61-140
Havard-Duclos, B., Nicourd, S. (2004). Pourquoi reste-t-on fidèle à ses engagements ? Une
réponse organisationnelle. Sociologies Pratiques (9): 71-84.
Laville, J.L. (1997). L’association: une liberté propre à la démocratie. Dans Laville, J.L.,
Sainsaulieu, R. (Dir.). Sociologie de l’association. Paris: Desclée de Brouwer, pp. 35-73.
Leroux, J. et col. (2004). Au pays des peaux de chagrin. Occupation et exploitation territoriales à
Kitcisakik (Grand lac Victoria) au XXe siècle. Sainte-Foy,:PUL.
Oberti, M. (2000). Diversity and complexity in local forms of urban anti-poverty strategies in
Europe. International Journal of Urban and Regional Research 24 (3): 536-553.
Québec (2004). Propositions pour un nouveau droit québécois des associations personnifiées.
Québec: Registraire des entreprises.