
Vendredi, 29 février 2008
Démographie autochtone, recensement et pouvoir politique
Les données du recensement de 2006, rendues publiques le mois dernier par Statistique Canada, sont riches d’enseignement. On y apprend notamment que plus d’un million de personnes se sont identifiées comme membres des communautés autochtones, en tant que Premières Nations, Métis ou Inuit. Ces derniers, qui représentent environ 4% de la population autochtone au Canada, ont connu un fort taux de natalité puisque désormais plus de la moitié de leurs membres sont âgés de moins de 25 ans. Les défis en termes d’éducation, de conditions de vie, et de logement en particulier, doivent par conséquent être soulignés. Ce rajeunissement de la population autochtone s’observe à l’échelle du Canada puisque l’âge médian pour l’ensemble des membres de ces communautés est désormais de 27 ans, comparativement à 40 ans pour l’ensemble des Canadiens.
Il est intéressant de relever que plusieurs bandes indiennes ont toutefois refusé de se soumettre à cette opération de recensement, menée par Statistique Canada. Au Québec, ce sont, sans surprise, les communautés mohawks d’Akwesasne, Kahnawake et Kanesatake qui ont rejeté les velléités fédérales de recension de leurs membres. Les raisons de leur refus reposeraient essentiellement sur le fait qu’ils ne se considèreraient pas comme citoyens canadiens.
C’est dans une perspective semblable que, le 19 décembre dernier, les représentants des Indiens Lakotas (Sioux) ont affirmé : « Nous ne sommes plus citoyens des Etats-Unis d'Amérique et tous ceux qui vivent dans les régions des cinq Etats (Nebraska, Dakota du Sud, Dakota du Nord, Montana et Wyoming) que comprend notre territoire sont libres de nous rejoindre ». Ils ont alors annoncé leur intention prochaine d’émettre passeports et permis de conduire et ont entamé des démarches auprès de plusieurs ambassades avant d’entreprendre une « mission diplomatique » destinée à leur assurer la reconnaissance de cette indépendance.
Toutefois, celle-ci dépend, en définitive, toujours étroitement de la seule attitude de la communauté internationale. Dans ces conditions, la procédure de la reconnaissance de l’indépendance de la province autonome serbe du Kosovo est, par exemple, déjà bien engagée et sa conclusion irrésistible, malgré l’opposition de la Russie au Conseil de sécurité de l’ONU.
Après ce précédent politique et juridique, qu’en sera-t-il alors de l’avenir de revendications indépendantistes similaires, qui s’épanouissent dans bien d’autres Etats du monde ?
Gageons qu’en l’occurrence les grandes puissances étatiques auront eu une propension à exacerber des tensions locales et à accorder, avec générosité, de nouveaux pouvoirs politiques, tant que ceux-ci ne les engageaient guère, mais resteront d’une « prudence de Sioux » dès lors qu’il s’agira de reconnaître des droits semblables sur leur propre territoire…
Arnaud Decroix
Juriste et historien des institutions et des idées politiques
Centre de Recherche en Droit Public
Université de Montréal
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