
L’évolution des modèles de gouvernance, sur les plans municipal, régional et territorial, en territoire inuit (Nunavut et Nunavik) se traduit par une adoption progressive et plus ou moins consciente des modèles en vigueurs dans le Sud du Canada, notamment en ce qui concerne les pratiques anthroponymiques, la reconnaissance du genre (sexe social), et le rapport au territoire (domicile, lieu de naissance, bénéfice des ententes)…Cette adoption provoque de profondes distorsions avec les pratiques traditionnelles inuit qui peuvent aller jusqu’à un véritable «identicide» et à la négation des dimensions symboliques et sociales de ces pratiques.
L’évolution de la société occidentale en ce qui concerne les droits de la protection des enfants, des femmes et des minorités sexuelles, a entraîné de profonds changements politiques, juridiques et sociaux, comme la recherche de la parité (dans les politiques salariales et la représentation politique), la reconnaissance de nouvelles identités civiles (changement de l’État Civil des transsexuel et des adoptés) et de nouvelles formes de familles (mariage gai et adoption par des couples gais), qui ne sont pas sans conséquences sur la vie politique, économique et sociale des communautés inuit. Le regain d’activité du prosélytisme chrétien en milieu inuit, notamment pentecôtiste (les «Born again») vient traverser en diagonale cette évolution et contrer les tentatives effectuées par certaines organisations inuit de revaloriser leur passer et certaines de leurs croyances, de leurs pratiques rituelles et de leurs coutumes. On assiste dans ce cas à une nouvelle diabolisation de la philosophie «animiste» traditionnelle, qui n’est pas sans entraîner un trouble profond dans les diverses générations avec la détresse sociale et individuelle qui s’ensuit.
À la suite des évènements du 11 septembre 2002, les Américains ont imposé au Canada une rigueur nouvelle dans le contrôle des individus et de leur identité ce qui se traduit pour les autochtones par une rigidité nouvelle dans la transcription des noms personnels et dans les procédures concernant la tenue de l’État Civil. Il s’ensuit que tant les recensements, que la tenue des listes de la population municipale, et les pratiques administratives scolaires sont en train de déposséder les Inuit de leurs pratiques et croyances identitaires, au cœur du tissus social en place depuis des siècles.
Le paradoxe tient au fait qu’en même temps qu’on assiste à la lente disparition des valeurs associées à ces pratiques et croyances, les leaders inuit et les autres leaders autochtones du Canada et du reste du monde on réussi à insérer dans le projet de déclaration universelle des droits des peuples autochtones plusieurs articles reconnaissant leur droit à utiliser leur noms de lieux, leurs noms personnels et leurs croyances religieuses traditionnelles.
Il est donc devenu urgent d’agir en collaboration avec quelques communautés et organisations autochtones intéressées, pour dans un premier temps, faire un état des lieux. Il faut analyser les premiers résultats de la recherche expérimentale que j’ai effectuée dans deux communautés inuit du Nunavut en 2005-2006 (Igloolik et Sanikiluaq), corriger la méthodologie expérimentée; poursuivre les recherches sur le terrain et les étendre à un ou deux villages du Nunavik; développer un dialogue avec les divers organismes impliqués dans l’éducation, la tenue de l’état civil, la direction religieuse, la gestion des liste des bénéficiaires, la responsabilité des inventaires toponymiques et généalogique, et enfin la défense des droits des Inuit au Civil. Il faudrait arriver à proposer des mesures correctives adéquates, comme l’accès gratuit aux corrections de l’état civil, pour les erreurs résultant de mauvaises transcription ou compréhension par les officiers non-autochtones. Établir une concordance sur le plan local avec les droits des peuples autochtones discutés à l’ONU et partiellement reconnus par une majorité d’États. Je suivrai les proposition des responsables de l’atelier 2.:
L’année 1: l’état des connaissances et l’apport escompté du projet;
L’année 2: les fondements intellectuels et empiriques de la recherche;
L’année 3: les résultats préliminaires.
Tout en poursuivant les travaux déjà accomplis dans le cadre du projet VRQ (Autochtonie et gouvernance). Voici donc un résumé du plan de travail:
Juin 2006 |
Juin 2007 |
Juin 2008 |
Activité : transfert dans la base de données du CIERA des fiches électroniques anthroponymiques établies dans les deux villages expérimentaux du Nunavut en 2005-2006. Été 2006: repérage par hélicoptère des sites sacrés dans la région du parc provincial Pinngualuit (Kangiqsujuaq)..
Méthodologie: réflexion méthodologique sur le travail accompli et sur le travail à réaliser proposition de correctifs pour la suite de la recherche. Version révisée des formulaires électroniques utilisés pour les noms de lieux, les noms de personnes et les termes de références aux entités non0humaines
Résultats: analyse des résultats de l’enquête anthroponymique et organisation de la suite du travail de collecte. |
Activité : achèvement sur le terrain à Igloolik et à Sanikiluaq de la collecte des fiches anthroponymiques. Étude dans ces deux villages de l’implantation des cabanes de chasse/pêche, mise en rapport avec les lieux de naissance et la présence de tombes de parents. Relevé systématique des cas de travestissement juvénile, apparent ou symbolique. Poursuite de la collaboration avec les autorités du parc Pinngualuit
Méthodologie: utilisation systématique de la vidéo numérique pour recueillir in situ les commentaires sur les sites sacrés. Photographie numérique de tous les individus dont les fiches anthroponymiques auront été recueillies, et remise aux familles avec les noms orthographiés de façon standart
Résultats : Évaluation, analyse, présentation aux collectivités et aux organismes concernés |
Activité : Travail de pédagogie collective dans les trois communautés (Nunavut et Nunavik). Respect des choix individuels en ce qui concerne les noms de famille et les noms personnels. Mise en œuvre de procédures facilitant les corrections de l’État civil. Recherche de formules originales et adaptées pour respecter l’identité liée au nom, l’identité de genre traditionnelle, et les valeurs traditionnelles concernant la personn e humaine et le territoire. Résultats : Retour systématique des données et mise à la disposition des familles locales. Discussion avec les autorités civiles et politiques à Québec et Ottawa pour négocier la gratuité des corrections de l’État Civil. Proposition de méthodes de gouvernance plus adaptées à la solution des problèmes étudiés au cours de ces trois années. |
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