
Questions abordées par le projet
A partir d’un examen de la dynamique d’interaction avec l’État québécois qu’entretiennent respectivement trois nations autochtones depuis une trentaine d’années, le projet poursuit l’objectif principal suivant: comprendre comment et en quoi les projets variés d’autonomie gouvernementale et d’affirmation identitaire des nations crie, innue, et mohawk se distinguent et contribuent à la réflexion sur la gouvernance démocratique et à la redéfinition du sens de la citoyenneté qui ont actuellement cours au sein de la société québécoise d’abord, mais par extension aussi, au sein de la société canadienne.
La recherche s’articule autour des questions suivantes:
Relation entre les questions de la recherche, le thème du chantier et le projet général
Le projet s’inscrit au cœur même de la thématique du chantier no. 3 (fondements intellectuels et normatifs actuels et à venir des rapports entre sociétés autochtones et non-autochtones) et rejoint directement la préoccupation générale qui anime l’ensemble du projet Peuples autochtones et gouvernance qui vise précisément à explorer les conditions contemporaines de l’autonomie gouvernementale autochtone en contexte canadien.
En ce qui concerne le lien avec la thématique du chantier no. 3, soulignons que la démarche de la recherche repose sur l’hypothèse selon laquelle les rapports politiques entre les peuples autochtones du Québec et l’État québécois s’actualisent en une interface dynamique et bilatérale faite de rapports de domination, certes, mais aussi de résistances qui ne sont pas, à terme, sans transformer les paramètres institutionnels, les mécanismes de gouvernance et la conception du vivre ensemble et de la coexistence ethnoculturelle qui guident l’État. La recherche permettra de faire la lumière sur des discours nationalitaires autochtones au Québec, de tracer les différences et nuances qui peuvent exister d’une nation à l’autre et de voir en quoi les idées de nation et de communauté politique qui l’animent, divergent ou s’apparentent, le cas échéant, à l’imaginaire nationaliste québécois. Elle permettra également de saisir avec plus de précision la capacité réelle du projet d’une citoyenneté proprement québécoise, articulé par l’État québécois depuis plusieurs années, d’intégrer les aspirations identitaires de groupes nationaux minoritaires. Elle permettra enfin d’entrevoir avec plus de clarté les mécanismes de gouvernance et de démocratie qui sont nécessaires, tant au sein qu’à l’extérieur des communautés autochtones, pour assurer leur autodétermination et définir des paramètres nouveaux de citoyenneté élargie.
En ce qui concerne par ailleurs le lien avec la préoccupation centrale du projet général, la recherche s’efforcera à terme d’établir dans quelle mesure l’État québécois a ajusté le cadre institutionnel et le régime de citoyenneté qui le définissent aux aspirations politiques affirmationnistes et autonomistes des peuples autochtones. Elle éclairera la logique particulière des rapports de force et de pouvoir à l’œuvre dans l’interface entre la majorité non autochtone et la population autochtone dans le contexte d’une société libérale, démocratique et capitaliste soumise aux impératifs de la mondialisation. Elle permettra de voir si les mécanismes institutionnels et politiques de coexistence multinationale mis en place par l’État québécois fonctionnent au bénéfice des peuples autochtones et favorisent effectivement leur marche vers l’autodétermination et l’amélioration de leurs conditions de vie.
Formes d’échange
L’attrait du projet Peuples autochtones et Gouvernance et de l’équipe le constituant pour la recherche que nous proposons tient en grande partie à la double possibilité, d’une part, de situer notre démarche dans un contexte théorique et empirique plus large qui pourra, bien sûr, alimenter notre propre quête de données et notre réflexion, et, d’autre part, de participer à une dynamique d’échange intellectuel avec d’autres chercheurs animés par des préoccupations de recherche similaire aux nôtres.
En termes précis, il est clair qu’au minimum une rencontre annuelle de tous les chercheurs associés au projet général est hautement souhaitable: il faudra maintenir l’esprit de la rencontre de Mjikining et refaire l’exercice à chaque année. Il s’agit d’une occasion unique et nécessaire qui devrait permettre de faire le point sur l’état d’avancement des travaux de tous et chacun et de poursuivre les échanges et les conversations qui auront été entrepris. Au-delà de la rencontre annuelle toutefois, il conviendrait de prévoir également la tenue de rencontres de chantiers (au moins une par année) qui, elles, permettraient aux participants rattachés à un chantier de travailler de manière plus ciblée sur les projets qu’ils pilotent. Enfin, parallèlement, il faudrait aussi envisager la mise en place dans les meilleurs d’une structure de communication (site web, «chat room», forum électronique, bulletin, etc) qui permettrait tant à l’ensemble des membres de le l’équipe qu’aux participants à un chantier d’échanger et de communiquer leurs résultats de recherche sur une base régulière.
Résultats espérés
L’avantage principal des Grands travaux de recherche concertée réside dans la mise en réseau d’un grand nombre de chercheurs partageant des préoccupations et des intérêts de recherche similaires et de la mise en commun de leur capital intellectuel. Dans la mesure où les liens qu’il leur est donné de tisser sont de qualité, soutenus et appuyés par une infrastructure de communication et d’échange adéquate, tous ne peuvent qu’y gagner au change. Tout le défi des Grands travaux tient là: sans cette infrastructure les résultats risquent de n’être pas à la hauteur des attentes que suscitent nécessairement les sommes obtenues.
Cela dit, il n’est pas nécessaire qu’émerge une vision unifiée de la question de la gouvernance autochtone. En fait, la chose serait plutôt étonnante étant donné la variété des horizons théoriques, épistémologiques et méthodologiques dont participent les membres de l’équipe. Toutefois, la capacité accrue que confèrent les Grands travaux d’échanger, de puiser à d’autres sources théoriques et empiriques et de confronter ses propres idées et interprétations à celles d’autres chercheurs constitue un atout important qui ne saurait que profiter à la qualité et à la profondeur du produit final de chaque projet de recherche individuel. Il est difficile à ce stade de supputer en termes précis les retombées de ces Grands travaux pour notre projet de recherche, mais il est clair que si la conversation avec les autres chercheurs est bien menée, cela se reflétera inévitablement dans la facture finale de nos résultats de recherche.